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![]() Demi Evans
--> Why do you Run
Tous ceux qui l’ont vue sur scène sont unanimes : Demi Evans possède bien davantage qu’une voix, c’est avant tout une interprète lumineuse dont la sincérité, la force de conviction et l’exubérance font sortir de leur coquille les spectateurs les plus blasés.
Demi s’exprime avec d’autant plus de force qu’elle met sa formidable énergie au service de son propre répertoire, composé à quatre mains avec son complice, Fred Morisset. Si cette enfant de l’Amérique noire fait figure de personnage à part dans un paysage musical souvent formaté et réducteur, elle doit cette originalité autant à sa personnalité entière qu’à son éclectisme salutaire, hérité d’un parcours pour le moins atypique. Pour avoir grandi au cœur du ghetto de North Dallas dans les années soixante, Demetrius Evans est exposée très tôt aux musiques populaires qui font le quotidien de la communauté afro-américaine: le gospel qui lui permet de faire ses premières armes de chanteuse au sein de la chorale de l’église baptiste qu’elle fréquente ; la soul en pleine ébullition qui monopolise les ondes en cette période où la première minorité d’Amérique se bat aux côtés de Martin Luther King ; le blues, enfin, qu’elle révère à travers la figure mystérieuse d’un père trop absent, pianiste dans l’orchestre de Bobby Bland. Faute de vivre avec ses parents, Demi est élevée par
une grand-mère qui a longtemps été danseuse de chorus line avant d’être
rattrapée par la vie de famille. Le samedi soir, Grandma écume les
clubs du ghetto de Dallas et Demi croise la route de plusieurs stars du
chitlin circuit, Johnnie Taylor en tête. C’est néanmoins une apparition
du très jeune Michael Jackson à la télévision qui va lui donner l’envie
de chanter : « Je voulais faire quelque chose de différent des autres
gamins du quartier. La plupart étaient extrêmement démunis et je
voulais être celle qui les aiderait à s’en sortir. Pour moi, la scène
était une façon de communiquer avec les autres, de montrer la voie à
suivre. » Cette carrière lui permet de s’installer à New York
au milieu des années 1980, et le hasard la met sur le chemin d’un
organisateur de spectacles qui la lance sur le circuit des cabarets
gays où ses imitations comiques de Grace Jones vont faire sa
réputation. De fil en aiguille, sa double casquette de mannequin et de
chanteuse la conduit en Europe où elle partage son temps entre les
clubs et les salons, portant les couleurs de Jean-Paul Gaultier ou de
Christian Lacroix de Paris à Milan et Vienne. L’harmoniciste
le plus brillant de la planète blues actuelle ne s’est pas contenté
d’accorder à Demi une place de choix dans sa formation sur les plus
grandes scènes, de Vienne à Antibes en passant par le Théâtre des
Champs Élysées : après lui avoir demandé de participer à l’aventure de
son dernier album en date, « Fragile », c’est lui qui l’a encouragée à
lancer sa propre carrière, avec la complicité du label Iris Music. Cette déclaration pourrait sembler quelque peu idéaliste si la réaction du public ne venait confirmer les ambitions d’une artiste parfaitement inclassable. Sur scène comme sur disque, ses textes font mouche, magnifiquement servis par une voix magnifique et une détermination insatiable.
Sebastian Danchin Ecrit par LENARRATEUR, le Dimanche 1 Avril 2007, 12:30 dans la rubrique "Toute la Musique que j'aime".
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Toc-toc!
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