Sono : Raconte-nous un peu ton parcours.
BV :
J’ai commencé dans le son il y a 22 ans. Je suis issu d’une grande
famille. Je suis le 13e et dernier enfant. Un jour Didier, un de mes
grands frères, a monté une petite boîte de sono, un plan DJ assez
simple et c’est comme ça que tout a commencé puisque fatalement j’ai
été l’aider. Ladite petite boîte a depuis un peu grandi et s’appelle
maintenant Alabama (N.D.R. Alabama est un remarquable prestataire vidéo
faisant partie tout comme Arpège du groupe Dushow, prestataire sur
Obispo, et est donc en charge des projections sur cette tournée. Le
monde est TRES petit.) Un autre de mes frères était actionnaire de la
Boîte à Son à Lyon donc on a tous un peu été tirés là dedans.
Sono : Une attirance technique ou musicale ?
BV :
100% technique en musique je suis à zéro. Je ne joue d’aucun
instrument, je ne lis pas de partitions, rien. Quand je donne mon avis
sur un arrangement, je chantonne la partie en pur autodidacte car je ne
sais pas de quelle note ou accord il s’agit (N.D.R. Il a quand même de
l’oreille le Bruno, à chaque petit pain lors du concert il a sursauté,
sourcillé ou carrément piqué un fou rire.)
Sono : Avec l’école, copains ou pas
BV :
Pas trop non. A 14 ans je voulais m’arrêter mais on m’a courtoisement
prié de rempiler jusqu’à 16 ans. J’ai donc fait un BEP d’électronique
tout en étant DJ pour mes frangins, à faire un peu de sono. Oui, j’ai
fait gaffe à mes oreilles !! Après j’ai attaqué comme stagiaire à la
Boîte à Son et ça s’est enchaîné. J’ai poussé des tankers de caisses et
j’ai fait beaucoup de baby sitting, c'est-à-dire accueillir les grandes
stars de notre monde et les aider à monter les systèmes. Puis les
premiers renforts son et les premiers concerts au Transbordeur à Lyon.
Pour
être tout à fait clair il faut travailler, apprendre, travailler,
passer des nuits blanches à bosser le matériel, travailler encore.
C’est indispensable, et cela a été mon quotidien entre 1986 et 1993 où
j’ai commencé à me dire que j’avais envie de faire de la tournée
puisque je tâtais déjà de la console sur des gros trucs comme Jazz à
Vienne où en 92 j’ai fait les retours avant de passer en façade en 93.
Sono : Comment as-tu basculé entre les deux et pourquoi ??
BV Bizarrement,
dans ce métier là, on commence toujours par les retours. Je ne sais pas
trop pourquoi. Peut être est-ce à cause du fait qu’on est toujours sur
le plateau, on le câble et puis un beau jour on remplace le gars qui
est aux retours et hop, c’est parti. C’est pas mal comme boulot, ça
fait travailler les oreilles au niveau des fréquences, des harmoniques,
de la chasse au Larsen. Après il y a ceux qui aiment ça, notamment le
contact direct avec les musiciens. Moi je n’aimais pas trop, et puis
surtout aux retours tu es au service de quelqu’un et de lui seul. Si ce
qu’il entend ce soir là ne lui convient pas, il faut le modifier même
si tu sais parfaitement bien que tu lui balances un truc incohérent. En
plus, tes mixes penchent du coté du gars qui va s’écouter donc ce sera
truffé de guitare, de basse, de batterie... Et moi j’aime
l’équilibre…Enfin ça requiert beaucoup de psychologie et de patience et
là, ce n’est pas mon fort. Je suis du genre impulsif donc ça ne peut
pas coller, d’autant que les mecs aux retours servent souvent de
soupape. Historiquement si le chanteur est faux, c’est qu’il ne
s’entend pas. C’est un peu facile !!
Sono : Donc si je compte bien, tu t’es retrouvé à 23 ans lors d’un Jazz à Vienne à débuter la façade.
BV :
Oui, avec les plus grands jazzeux du monde, du calibre d’un Miles Davis
et devant 10 000 personnes. Le vrai pied. Puis j’ai plongé dans les
tournées. Je dois tirer à un coup de chapeau à Thierry Théodori qui
s’occupe de la Halle Tony Garnier puisque c’est lui qui m’a branché sur
un jeune artiste qui partait en tournée. « Ca ne va pas avec sa
première équipe alors si ça te dit...Il s’appelle Pascal Obispo. Bon tu
verras, il n’y a que 12 dates à faire mais c’est toujours ça » En fait
de 12, sur cette tournée là nous en avons fait 120 et comme nous étions
à cheval entre deux albums, après 3 mois de pause on est repartis.
Après nous avons assuré les premières parties de Céline Dion et c’était
gagné. C’est donc grâce à Pascal que j’ai décollé en façade et il est
devenu depuis mon fil rouge.
Sono : Dis donc, tu ne serais pas lyonnais toi aussi ?
BV
Mais si justement. Effectivement, il y en a pas mal qui ont débuté
là-bas et ont à peu près le même âge. Il y a Gendron, Blanchet, Génix
et le plus drôle c’est que nous avons essuyé les plâtres dans des
boîtes différentes, les trois qui existaient à Lyon à cette époque là.
Sono : Quel est ton statut de travailleur
BV :
Après avoir débuté comme stagiaire non rémunéré, je suis devenu
intermittent et depuis quatre ans j’ai monté ma boîte et je facture. Je
suis totalement libre et indépendant de toute structure et je peux
travailler pour qui bon me semble. Cela étant, après avoir rencontré
par le biais d’Obispo les gens d’Arachnée prod, je suis devenu un de
leurs ingés son réguliers et grâce à eux je tourne bien. J’ai fait pour
leur compte Indochine, Amel Bent, Jenifer, Passi, les L5, Manau. En
dehors d’Arachnée des gens comme Benjamin Biolay, Keren Ann, sans
parler du Jazz que j’adore. A vrai dire j’aime tout type de musique, du
classique, du rock, du hard, du rap et comme chaque musique a son truc,
je m’éclate.
Sono : C’est quoi le son de Viricel ?
BV
Chaque mixeur a sa touche personnelle, sa couleur propre. Y’a ceux qui
aiment plus de guitare, de batterie, les voix plus devant, des trucs
plus chaleureux. Si on ferme les yeux on arrive à déterminer qui mixe
simplement en écoutant la couleur de chacun. J’ai accueilli des gens
comme Andy Scott ou Yves Jaget et je peux te dire qu’ils ont leur style
qu’on peut ou ne pas aimer. Le choix revient aux productions et in fine
aux artistes.
Sono : Tu te vois durer dans le métier ?
BV (rire)
J’espère ! Déjà ça fait 15 ans que je suis là. Ce qui est certain c’est
que mon travail évolue et va continuer a changer. J’aime moins les
tournées longues et j’aime de plus en plus les pré prods, les montages
et tout ce qui précède les tournées. J’ai toujours envie de travailler
le son, mais aussi en amont en intervenant au niveau des arrangements
et de la réalisation.
Sono : Tu voudrais presque arriver
à transposer au son ce qui arrive aux lumières ou il y a un light
designer et puis quelqu’un qui assure la tournée. Le numérique le
permet désormais.
BV Tout à fait, seulement ce qui est
communément admis sur les lumières passe moins bien dans le son. Les
artistes ont du mal car ils ont choisi quelqu’un pour une couleur et le
fait de laisser les manettes à quelqu’un d’autre va inévitablement
engendrer un glissement vers les goûts du mixeur en place, même
inconsciemment, ou alors il faut trouver quelqu’un qui a la même écoute
et mixe de la même façon, avec la même vision. On y arrive, ce n’est
jamais exactement pareil mais les gens qui me remplacent ont le même
esprit et les différences sont faibles.